25 avril 2015 ~ 0 Commentaire

L’alligatorite.

Bon, ça fait un moment que j’ai pas écrit mais j’avais de bonnes raisons. J’avais sieste. J’ai la capacité incroyable d’être absolument tout le temps fatiguée. Du coup j’ai dormi. Et toi t’as fait quoi ?

L'alligatorite. tired

Aujourd’hui je vais te parler d’un sujet pas drôle du tout, d’un sujet terrible, alors sois courageux.

Il faut que je commence par te dire que mes parents m’ont toujours détestée. Si, je t’assure ; ils se sont dit que des trois gamins je serai celle qui cumule les tares. La seule bigleuse de ma fratrie, c’est moi. Celle qui se chope toutes les maladies les plus chelou les unes que les autres, c’est moi. Celle qui fait des allergies à des tas de trucs inconnus, c’est qui ? Ben c’est moi, tu suis pas là. Celle qui a des os en mousse et des tendons en carton mouillé, c’est encore moi ! Tout ça pour te dire que depuis gamine j’ai développé une super maladie, qui attaque la peau et qui s’appelle l’alligatorite (rapport à leur jolie peau douce) (cherche pas sur google, je viens d’inventer le mot, tu planes aujourd’hui). Heureusement ce n’est pas dangereux comme maladie, enfin en théorie du moins, parce que les médecins ils en savent peu sur le sujet. Ce serait génétique, lié à ton alimentation, à ton niveau de stress et de fatigue, à certaines prises de médicaments, un peu psychosomatique et complètement imprévisible. On sait juste que c’est le même principe que le cancer : les cellules de ta peau se renouvellent beaucoup beaucoup trop vite, c’est tout. Le concept c’est que personne ne sait pourquoi tu as ça, ni pour combien de temps parce qu’aussi bien ça peut disparaître aussi vite que c’est venu, ou réapparaître plus tard ou encore ne jamais partir.

no-answer allergies

Donc, l’année de mes dix-huit ans je vivais une période de bonheur complet (non) (l’adolescence c’est nul) et petit à petit sans trop y faire gaffe au début je me suis retrouvée plus ou moins recouverte d’alligatorite. Je n’ai aucune idée de pourquoi je n’ai pas pris rendez-vous chez un médecin plus tôt, ou plutôt si ; je suis le genre de personne qui ne va voir son médecin que lorsqu’une otite dure depuis un mois. Pas avant, faut pas déconner. Le truc, c’est que même si ce n’est pas dangereux ou contagieux, c’est pas forcément évident à supporter. D’abord c’est laid, très. Ensuite ça gratte, vraiment beaucoup beaucoup. Tu vois les piqûres de moustique ? Visuellement c’est différent mais ça te démange pareil. Maintenant imagine que tu en as à peu près partout, tu vas voir c’est plaisant. Et puis au bout d’un moment, tu douilles. En tout cas moi, oui. J’avais juste la chance d’avoir le visage à peu près épargné par cette double peau très seyante. Je me rongeais les ongles au max pour éviter de me griffer de partout en me grattant frénétiquement mais j’ai aussi songé à utiliser une râpe à fromage pour me soulager. (Miam).

A ce moment je travaillais chez un disquaire (c’est le seul taf que j’ai bien aimé faire, je te raconterai un jour) et comme c’était l’hiver c’était surchauffé. Mais ma peau qui était déjà sèche sèche sèche et super abîmée aimait moyen l’ambiance. Pour que tu visualises un peu : j’en avais, entre autres, à l’intérieur des coudes et plus la journée avançait plus la chaleur sèche me craquelait la peau et m’empêchait de plier correctement les bras. Oui voilà, je ressemblais à un Playmobil pouilleux. Mon cdd s’est terminé et j’ai fini par prendre rendez-vous à l’hôpital auprès d’une dermato. D’abord elle m’a proposé multiples crèmes plus ou moins efficaces qui empêchaient les démangeaisons mais qui ne faisait absolument pas partir l’alligatorite. Je me grattais donc moins mais je collais systématiquement à mes fringues et dégageait une étrange odeur d’argile (pas miam) Et puis je mesure 1m70, je ne sais pas si tu imagines la surface à recouvrir de crème matin et soir ! Certes, je n’avais que ça à faire mais il faisait trop froid dans cet appartement là pour avoir le courage de se préparer en marinade.

Et puis elle m’a proposé de faire des UV (le soleil est bénéfique paraît-il mais je vis en Bretagne hein), ce qui consistait en fait à entrer dans une boîte pour me faire bombarder d’UV pendant un temps croissant au fur et à mesure des séances. Le truc rigolo c’est qu’évidemment fallait y aller à poil. Je me retrouvais donc trois fois par semaine dans une salle d’hosto avec une infirmière qui programmait la machine avant de sortir et de me laisser me désaper avant d’entrer dedans. Il fallait aussi te munir de magnifiques petites lunettes genre lunettes de piscines ratées et en gros le truc bipait très fort au début et à la fin. Au départ ça durait à peine cinq minutes et j’ai fini par y passer à peu près vingt minutes. Vingt minutes debout dans une caisse lumineuse, à poil et les yeux fermés à fond les quelques fois où l’élastique de mes lunettes a lâché, je te laisse visualiser l’extase. Bon, on a fini par se rendre à l’évidence : non seulement ça n’améliorait rien du tout, mais en plus je continuais à me couvrir de plaques d’alligatorite.

Alors je me suis adressée à ma dermato à peu près en ces termes : « J’en peux plus j’en ai assez je préfère mourir que de continuer comme ça aidez-moi ou je me tue là tout de suite » Bon en vrai comme je ne suis pas toujours très loquace dans ces situations j’ai plutôt dit « J’en ai un peu marre là… » Et je me suis retrouvée hospitalisée dans un service où la moyenne d’âge approchait les 84 ans. J’ai eu la chance d’être toute seule dans la chambre, d’avoir un ordinateur rempli de films (téléchargés légalement évidemment) et de gentilles infirmières qui me proposait de la camomille à 18h. Le traitement consistait à m’étaler des tubes de crème entiers matin et soirs et de prendre des bains marron. C’était de l’avoine je crois, mais honnêtement, quand tu vois ta baignoire dans cet état là tu auras plutôt tendance à appeler un plombier plutôt que de te tremper dedans. Un jour une infirmière a probablement oublié l’eau froide et j’ai été infoutue d’ouvrir le robinet (je t’ai dit que j’avais une très grande force?), je ne pouvais donc pas y mettre un seul orteil (en vrai je m’y suis assise avant de penser que j’allais décéder). Je ne sais plus si je n’ai trouvé personne ou si je n’osais pas déranger quelqu’un mais j’ai fini par rester un long moment assise sur une chaise avant de prendre une douche pour donner l’illusion que j’avais fait trempette (petit moment de solitude).

Oprah_relaxin hôpital

La dame de la chambre d’à côté s’appelait Mme Boudin (hinhin) et était sourde comme une table basse. Ce qui n’empêchait pas sa famille ou je ne sais qui de l’appeler une dizaine de fois par jour. Du coup ça donnait des sonneries incessantes et des hurlements de la chambre suivante : « Madame Boudiiiiin, téléphoooooone ! » Moi, je veux bien qu’on m’explique comment tu peux discuter avec une dame au téléphone quand celle-ci n’entend même pas les sonneries stridentes de l’appareil. Mais la meilleure, euh, camarade d’hôpital dirons-nous, que j’ai préférée portait une jolie robe de chambre d’un mauve très sombre, avait environ 175 ans et faisait des tours de service toute la journée en s’agrippant à son sac à main. D’accord, elle était probablement sénile et c’est triste mais quand même. Un jour que ma mère était venue me tenir compagnie, Mme Mauve (ça lui va si bien) est entrée et lui a demandé de partir immédiatement. Hé bien oui, elle attendait la visite de sa fille. On a eu beau lui expliquer que je n’étais pas sa fille, que c’était ma chambre, etc. rien à faire. Elle a tout de même fini par sortir en menaçant ma mère à base de « vous le regretterez un jour ! Vous n’irez pas au paradis ! Vos enfants vous le feront payer ! » Mme Mauve est quand même revenue un peu plus tard dans la soirée, en passant seulement la tête par la porte pour me fixer de ses petits yeux perçants avant qu’une infirmière lui explique à son tour que ce n’était pas sa chambre et que sa fille n’était pas là. J’ai rarement autant voulu que ma chambre ferme à clé.

Depuis ce merveilleux séjour à l’hôpital l’alligatorite est plus ou moins sous contrôle et je ne mets plus une demi-heure à pouvoir me lever de mon lit, le temps de détendre ma peau sur à peu près chaque partie de mon corps, ce qui est un gain de temps que j’apprécie quand même un peu. Je te rassure, si je ne suis plus trop emmerdée par ça, les UV m’ont déclenchés une allergie au soleil, ce qui fait que je passe quand même toujours six mois de l’année à me gratter frénétiquement (je t’ai parlé de mon karma moisi ou pas ?)

Donc aujourd’hui je suis à peu près tranquille grâce à un traitement à peine lourd (tu peux tuer des bélugas avec ça je crois) mais qui a de lourds effets secondaires. Bon, pour être honnête je ne suis concernée par aucun d’entre eux mais ça n’en rend pas le traitement moins difficile. Rends-toi compte : pour une histoire de court-circuitage des médicaments, ça fait presque un an que j’ai l’interdiction de boire du jus de pamplemousse. Si ça ce n’est pas la définition d’une vie très dure je ne sais pas ce qu’il te faut.

 hard-life humour

Et toi, tu vas chez ton médecin avant de perdre un membre ou tu t’amputes tout seul ? Tu rêves d’avoir des voisines d’hôpital comme Mme Mauve ? Tu as très envie d’être recouvert-e d’une carapace de démangeaisons ? Si c’est oui, s’il-te-plaît raconte-moi et surtout explique-moi, ça me rendrait un peu confuse.

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